mercredi 5 novembre 2008

A L'OUEST PRESQUE RIEN DE NOUVEAU

'La formule est ancienne, mais, puisque le savoir est resté inopérent, je répète la même question: pourquoi demain en irait-il autrement qu'hier?
(Roger Laporte - Une Vie - page 481)




samedi 31 mai 2008

OUBLIEZ MOI !

« Une des dernières tribus d'Indiens vivant sans aucun contact avec le monde extérieur, en Amazonie brésilienne près de la frontière péruvienne, a été découverte récemment. Cette image, prise lors d'un survol de la région en hélicoptère, montre des indigènes, dont le corps est entièrement peint en rouge ou en noir, décochant des flèches contre l’appareil. »

L’universel reportage livre sans vergogne à la contemplation avide du voyeur de la toile sans fenêtre, une répétition de la très grande honte nucléaire qui survint il y à cinquante trois ans : l' absolue inégalité des forces.
Au-delà du commentaire contrit, le piètre cliché montre le viol arrogant, que l'observateur confortablement calé dans son cockpit vrombissant, commet sur ceux que n'abrite plus la canopée d'une forêt ancestrale.
L'inconnu résiste, notre honneur serait de l'accepter.

lundi 26 mai 2008

LE PROGRES! QUEL PROGRES?

Foin de toutes les commémorations chenues, démagogie, prime au crétinisme, faillite du goût, peur de l'autre, occultation de la lutte des classes par le spectacle de la guerre des pauvres contre les pauvres, absolue diversion, rien n'a changé en quarante ans.
Malgré le pessimisme nous restons rieurs, http://palladio.free.fr/harakiri/ChH/index01.html

mardi 6 mai 2008

BETON ARME


"L’enfant déjà est, d’abord par ses parents, puis par ses maîtres, constamment contraint à faire des détours et de prendre des chemins sans issue, constamment et sans interruption détourné de son but, induit à abandonner, mais lui avait pu dès le début, disait-il, s’arc bouter contre cette enfance et à la fin des fins s’en défendre, ce n’était pas lui qui avait du finalement abandonner, mais ses parents et ses maîtres, qui très tôt déjà et probablement, selon lui, touchés à mort, s’étaient retirés de lui." (in Les Mange-pas-cher)
Ce qui rend aimable l'homme Thomas Bernhard (et l'ensemble de ses textes sans exception) est son choix critique, dès l'enfance, de vivre au PLUS HAUT DEGRÉ DE DIFFICULTÉ.

samedi 26 avril 2008

SOL / AIR


C’est une main qui parle, volonté active qui s’oppose, le plus souvent se pose pour caresser le résonateur, caisse de résons, raison même de l’affrontement amoureux.
Entre les deux s’interpose l’espace vide qui peu à peu s’emplit du désordre de la vie, bric-à-brac chaotique où trônent la pomme de pin, les graviers et des lamelles qui révoquent toutes percussions banales.
Par le pétrissage sans fin de l’air en gestes retenus et une chirurgie du métal sur la chair, chocs et crissements s’épanouissent dans ce creux intermédiaire et c’est la pluie, un vol d’étourneaux dans la tempête, le passage d’un train rapide, les rumeurs d’une Asie religieuse, une forêt d’été traversée d’un ruisseau et de papillons clairs. C’est la concentration même, un monde ramassé sur l’espace d’une peau tendue, qui se déchaîne pour retomber, fureur/calme, souffle de l'infini ressac.
Et quand tout s’apaise, toujours un grillon pour relancer la symphonie.
Cet ensemble circulaire ouvert sur une liberté absolument maîtrisée, s’achève exactement là où il a commencé : frottements des matières, réverbérations subtiles, puis relâchement de la tension vers l’extrême gravité jusqu’à l’inaudible, enfin le silence.

Lê Quan Ninh Solo
La Belle Ouïe, Lavoir Moderne Parisien le 25 avril 2008

vendredi 25 avril 2008

SODOME ET GOMORRHE


Je tombais de sommeil. Je fus monté en ascenseur jusqu'à mon étage non par le liftier, mais par le chasseur louche qui engagea la conversation pour me raconter que sa soeur était toujours avec le monsieur si riche, et qu'une fois, comme elle avait envie de retourner chez elle au lieu de rester sérieuse, son monsieur avait été trouver la mère du chasseur louche et les autres enfants plus fortunés, laquelle avait ramené au plus vite l'insensé chez son ami. " Vous savez, Monsieur, c'est une grande dame que ma soeur. Elle touche du piano, cause l'espagnol. Et vous ne le croiriez pas, pour la soeur du simple employé qui vous fait monter l'ascenseur, elle ne se refuse rien; Madame a sa femme de chambre à elle, je ne serais pas épaté qu'elle ait un jour sa voiture. Elle est très jolie, si vous la voyiez, un peu trop fière, mais dame! ça se comprend. Elle a beaucoup d'esprit. Elle ne quitte jamais un hôtel sans se soulager dans une armoire, une commode, pour laisser un petit souvenir à la femme de chambre qui aura à nettoyer. Quelque fois même, dans une voiture elle fait ça, et après avoir payé sa course, se cache dans un coin histoire de rire en voyant rouspéter le cocher qui a à relaver sa voiture. Mon père était bien tombé aussi en trouvant pour mon jeune frère ce prince indien qu'il avait connu autrefois. Naturellement c'est un autre genre. Mais la position est superbe. S'il n'y avait pas les voyages ce serait le rêve. Il n'y a que moi jusqu'ici qui suis resté sur le carreau. Mais on ne peut pas savoir. La chance est dans ma famille; qui sait si je serais pas un jour président de la République? Mais je vous fait babiller (je n'avais pas dit une seule parole et je commençais à m'endormir en écoutant les siennes). Bonsoir, Monsieur. Oh! merci, Monsieur. Si tout le monde avait aussi bon coieur que vous, il n'y aurait plus de malheureux. Mais comme dit ma soeur, il faudra toujours qu'il y en ait pour que maintenant que je suis riche, je puisse un peu les emmerder Passez moi l'expression. Bonne nuit Monsieur."

jeudi 3 avril 2008

POUJADE ET LES INTELLECTUELS


Au fondement de tout anti-intellectualisme: la suspicion du langage, la réduction de toute parole adverse à un bruit conformément aux polémiques petites-bourgeoises, qui consiste à démasquer chez autrui une infirmité complémentaire à celle que l'on ne voit pas en soi, à charger l'adversaire des effets de ses propres fautes, à appeler obscurité son propre aveuglement et dérèglement verbal sa propre surdité.

On relira avec intérêt "Mythologies" écrit par Roland Barthes entre et 1954 et 1956 , qui cinquante ans après nous montre à quel point nous avons littéralement fait du surplace.

jeudi 24 janvier 2008

CONSONNANCE DES SILENCES

Des fûts abandonnés méthodiquement alternent avec des disques métalliques rétamés ternes sous de blafardes ampoules. Des individus dépenaillés se glissent subrepticement, comme se cachant derrière le reste de l’outillage qu’ils transportent sur le champ de la rencontre. Chacun se cramponne à ce qui explique sa présence, accord des cordes, humections de la anche, pietinnement nerveux de la charley. On croirait un trio de jazz.
Par un regard rapide les trois se jettent ensemble dans un conflit avec l’outil étrange dans un vertige terrifiant de tourments, où les coups bas ne se comptent pas, sans doute y vont-ils de leur vie.
Centrés autours de leurs extensions ils jettent des cris vers la ciel. On ne se voit plus. Les escarmouches se poursuivent sans prévision et sans répit.
Peu à peu, on commence à percevoir un resserrement, un rapprochement des intentions, des instants subits de synchronie, des vagues étonnées de volonté d’harmonie. Leurs visages se détendent, ils sourient.
Rien dans les sons n’évoque d’apothéose pourtant c’est le sublime qui avance pour s’imposer quand, dans l’extrême désaccord, (chacun entêté), l’oreille tendue vers une résonance mutuelle, ils se retrouvent pour accepter le « dernier mot » qui se remplit enfin de silence. Puis c’est l’acclamation bouleversée.

Eric Brochard cbs, J.Luc Guionnet altsax, Edward Perraud perc
13/01/08 à l'Atelier Tampon

vendredi 11 janvier 2008

DEJA !?


Le monarque est trop petit, hissé sur la pointe des pieds ou juché sur les épaules de ses conseillers il ne discerne rien de ce qui sera.
Il se contente de regarder derrière, moquant le bas empire, se gargarisant de rupture tout en répétant ses histoires de charlatans.
"Puis il se retourne vers je ne sais quels courtisans avec un air de fatuité, comme pour les prier d'ajouter leur aprobation à son contentement".
Le sourire est crispé, le regard fatigué et le mensonge suinte à chaque hoquet.
Voici le morne début de la phase décadente du règne de ce plaisant.