samedi 26 avril 2008

SOL / AIR


C’est une main qui parle, volonté active qui s’oppose, le plus souvent se pose pour caresser le résonateur, caisse de résons, raison même de l’affrontement amoureux.
Entre les deux s’interpose l’espace vide qui peu à peu s’emplit du désordre de la vie, bric-à-brac chaotique où trônent la pomme de pin, les graviers et des lamelles qui révoquent toutes percussions banales.
Par le pétrissage sans fin de l’air en gestes retenus et une chirurgie du métal sur la chair, chocs et crissements s’épanouissent dans ce creux intermédiaire et c’est la pluie, un vol d’étourneaux dans la tempête, le passage d’un train rapide, les rumeurs d’une Asie religieuse, une forêt d’été traversée d’un ruisseau et de papillons clairs. C’est la concentration même, un monde ramassé sur l’espace d’une peau tendue, qui se déchaîne pour retomber, fureur/calme, souffle de l'infini ressac.
Et quand tout s’apaise, toujours un grillon pour relancer la symphonie.
Cet ensemble circulaire ouvert sur une liberté absolument maîtrisée, s’achève exactement là où il a commencé : frottements des matières, réverbérations subtiles, puis relâchement de la tension vers l’extrême gravité jusqu’à l’inaudible, enfin le silence.

Lê Quan Ninh Solo
La Belle Ouïe, Lavoir Moderne Parisien le 25 avril 2008

vendredi 25 avril 2008

SODOME ET GOMORRHE


Je tombais de sommeil. Je fus monté en ascenseur jusqu'à mon étage non par le liftier, mais par le chasseur louche qui engagea la conversation pour me raconter que sa soeur était toujours avec le monsieur si riche, et qu'une fois, comme elle avait envie de retourner chez elle au lieu de rester sérieuse, son monsieur avait été trouver la mère du chasseur louche et les autres enfants plus fortunés, laquelle avait ramené au plus vite l'insensé chez son ami. " Vous savez, Monsieur, c'est une grande dame que ma soeur. Elle touche du piano, cause l'espagnol. Et vous ne le croiriez pas, pour la soeur du simple employé qui vous fait monter l'ascenseur, elle ne se refuse rien; Madame a sa femme de chambre à elle, je ne serais pas épaté qu'elle ait un jour sa voiture. Elle est très jolie, si vous la voyiez, un peu trop fière, mais dame! ça se comprend. Elle a beaucoup d'esprit. Elle ne quitte jamais un hôtel sans se soulager dans une armoire, une commode, pour laisser un petit souvenir à la femme de chambre qui aura à nettoyer. Quelque fois même, dans une voiture elle fait ça, et après avoir payé sa course, se cache dans un coin histoire de rire en voyant rouspéter le cocher qui a à relaver sa voiture. Mon père était bien tombé aussi en trouvant pour mon jeune frère ce prince indien qu'il avait connu autrefois. Naturellement c'est un autre genre. Mais la position est superbe. S'il n'y avait pas les voyages ce serait le rêve. Il n'y a que moi jusqu'ici qui suis resté sur le carreau. Mais on ne peut pas savoir. La chance est dans ma famille; qui sait si je serais pas un jour président de la République? Mais je vous fait babiller (je n'avais pas dit une seule parole et je commençais à m'endormir en écoutant les siennes). Bonsoir, Monsieur. Oh! merci, Monsieur. Si tout le monde avait aussi bon coieur que vous, il n'y aurait plus de malheureux. Mais comme dit ma soeur, il faudra toujours qu'il y en ait pour que maintenant que je suis riche, je puisse un peu les emmerder Passez moi l'expression. Bonne nuit Monsieur."

jeudi 3 avril 2008

POUJADE ET LES INTELLECTUELS


Au fondement de tout anti-intellectualisme: la suspicion du langage, la réduction de toute parole adverse à un bruit conformément aux polémiques petites-bourgeoises, qui consiste à démasquer chez autrui une infirmité complémentaire à celle que l'on ne voit pas en soi, à charger l'adversaire des effets de ses propres fautes, à appeler obscurité son propre aveuglement et dérèglement verbal sa propre surdité.

On relira avec intérêt "Mythologies" écrit par Roland Barthes entre et 1954 et 1956 , qui cinquante ans après nous montre à quel point nous avons littéralement fait du surplace.