samedi 26 avril 2008

SOL / AIR


C’est une main qui parle, volonté active qui s’oppose, le plus souvent se pose pour caresser le résonateur, caisse de résons, raison même de l’affrontement amoureux.
Entre les deux s’interpose l’espace vide qui peu à peu s’emplit du désordre de la vie, bric-à-brac chaotique où trônent la pomme de pin, les graviers et des lamelles qui révoquent toutes percussions banales.
Par le pétrissage sans fin de l’air en gestes retenus et une chirurgie du métal sur la chair, chocs et crissements s’épanouissent dans ce creux intermédiaire et c’est la pluie, un vol d’étourneaux dans la tempête, le passage d’un train rapide, les rumeurs d’une Asie religieuse, une forêt d’été traversée d’un ruisseau et de papillons clairs. C’est la concentration même, un monde ramassé sur l’espace d’une peau tendue, qui se déchaîne pour retomber, fureur/calme, souffle de l'infini ressac.
Et quand tout s’apaise, toujours un grillon pour relancer la symphonie.
Cet ensemble circulaire ouvert sur une liberté absolument maîtrisée, s’achève exactement là où il a commencé : frottements des matières, réverbérations subtiles, puis relâchement de la tension vers l’extrême gravité jusqu’à l’inaudible, enfin le silence.

Lê Quan Ninh Solo
La Belle Ouïe, Lavoir Moderne Parisien le 25 avril 2008

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