
Paul Valéry par ses aspects d'illuminé très orgueilleux, d'académicien palmé, de poète obscur et de logicien omniscient, d'artiste de l'esprit et de pur intellectuel repus, irrita.
Il fumait beaucoup .
Aujourd'hui Valéry est presque oublié.
Il y a cependant chez lui de pénétrants éclairs. Ceci il y a presque un siècle:
"L'inhumaine.
La science a ruiné la bonne conscience du sens commun et du bon sens. Ils ne conservent leur crédit que sur des terrains vagues. Elle a contraint les esprits à s'attendre toujours à des surprises dans tous les domaines où le langage et le discours ne font pas tout. Elle déprécie nos images naïves, et jusqu'à notre faculté d'imaginer, qui est dérivée de nos expériences et habitudes corporelles. Elle suggère qu'il se passe une infinité de faits inimaginables, dont les imaginables sont une infime partie toute subordonnée; et elle retire même à l'homme sa notion du savoir: essences, principes, catégories, déductions, ces simulacres de l'ordonnance et de la centralisation absolue d'une connaissance qui veut et prétend prévoir son étendue. Elle conduit à énoncer des propositions insupportables au sens commun, car elles sont extravagantes dans les formes du langage ordinaire, auxquelles ledit sens est étroitement attaché.
Tout ceci est fort désagréable au bon sens, qui est un sentiment statistique, une attente ou probabilité, fondée sur des expériences confuses; sur les représentations utilisables; sur la possibilité ou l'impossibilité d'imaginer; sur une logique qui ne fait que descendre, et qui tient les prémisses pour assurées. L'évidence n'est que la vision d'une image naïve. Quoi de plus évident qu'il n'y a point d'antipodes? Mais qu'elle image n'est point naïve?
L'objection du bon sens est le recul d'un homme devant l'inhumain, car il n'y a que l'homme, des ancêtres de l'homme, des mesures d'homme ; des puissances et des relations d'hommes à ce bon sens. Mais la recherche et même les pouvoirs s'éloignent de l'homme. L'humanité s'en tirera comme elle pourra. L'inhumanité a peut être un bel avenir..."
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