jeudi 13 août 2009

LA JOIE

Pourquoi me suis-je exposé, sortant des rangs de la foule qui, sans doute bruyante pour elle-même, est sous ce rapport d'un silence inquiétant? Pourquoi ai-je attiré l'attention sur moi? Pourquoi suis-je à présent sur la première liste de l'ennemi? Je l'ignore. Une autre vie ne m'eut pas semblé digne d'être vécue. L'histoire militaire nomme de pareils hommes des natures guerrières. Et pourtant ce n'est pas cela, ce n'est pas la victoire que j'espère, ce n'est pas la lutte pour la lutte qui me réjouit, ce n'est qu'en tant que l'unique chose qui soit à faire qu'elle peut me réjouir. Comme telle la lutte me remplit en effet d'une joie qui déborde ma faculté de jouissance ou ma faculté de don, et ce ne sera peut-être pas à la lutte, mais à la joie, que je finirais par succomber.
Franz KAFKA

lundi 10 août 2009


VAINE CRUAUTE

Le monde aujourd'hui est un monde trop vainement cruel. La cruauté c'est d'aller violer la personnalité de quelqu'un, c'est mettre quelqu'un en condition pour arriver à une confession totale et gratuite. Si c'était une confession en vue d'un but déterminé je l'accepterais, mais c'est l'exercice d'un voyeur, d'un vicieux, disons le d'un cruel.
Je crois fermement que la cruauté est toujours une manifestation d'infantilisme. Tout l'art aujourd'hui devient chaque jour plus infantile. Chacun a le désir fou d'être le plus enfantin possible. Je ne dis pas ingénu: enfantin. Aujourd'hui, l'art, c'est ou la plainte ou la cruauté. Il n'y a pas d'autre mesure: ou l'on se plaint ou l'on fait un exercice absoluement gratuit de petite cruauté. Prenez par exemple cette spéculation ( il faut l'appeler par son nom) que l'on fait sur l'incommunacabilité, sur l'aliénation, je ne trouve en cela aucune tendresse, mais une complaisance énorme...
Et cela, je vous l'ai dit, m'a déterminé à ne plus faire de cinéma.
Roberto ROSSELLINI